Un modèle d'analyse du cycle de vie de 2016 à 2040.
Howard Homler, MD, FACP
(Conseil éditorial de Megan Deeney MSc)
Impact sanitaire mondial des plastiques : un modèle d’analyse du cycle de vie montre que la pollution plastique, liée aux émissions tout au long du cycle de vie des plastiques, réduit la vie de 83 millions de personnes entre 2016 et 2040.
Article du Lancet, janvier 2026
Megan Deeney et son équipe ont présenté, dans un article en accès libre publié dans The Lancet Planetary Health, un modèle d'évaluation des impacts sanitaires mondiaux liés aux plastiques. Leur équipe propose une synthèse complexe d'analyses du cycle de vie et des flux de matières afin d'élaborer un modèle systémique permettant d'estimer les années de vie corrigées de l'incapacité (AVCI) associées à la production mondiale de plastiques, de leur élimination à la pollution environnementale. Les AVCI constituent une mesure pertinente des impacts sanitaires : une AVCI correspond à une année de vie en bonne santé perdue en raison d'une combinaison de maladie et/ou de décès prématuré. Malgré certaines critiques, cette unité reste probablement la métrique la plus utile pour ce type d'analyse. Cet article compare différents scénarios de production, de consommation et de gestion des déchets plastiques entre 2016 et 2040. Les impacts sanitaires incluent les effets à court et à long terme liés aux émissions tout au long du cycle de vie des plastiques pour chaque année du modèle mondial.
Voir le article paru dans The Lancet, Janvier 2026.

L'accent est mis sur les plastiques à usage unique, sans même prendre en compte les effets des microplastiques sur la santé.
Leur étude s'est concentrée sur les dommages causés par les émissions de gaz à effet de serre, la pollution atmosphérique et les substances chimiques libérées lors du cycle de vie du plastique. Elle a porté sur les plastiques à usage unique, qui représentent environ 64 % des plastiques mondiaux. Il est important de noter qu'elle n'a pas pris en compte les effets potentiels sur la santé des microplastiques, des nanoplastiques et de nombreuses autres substances chimiques contenues dans les plastiques, informations insuffisamment divulguées par l'industrie. Ont également été exclus de l'analyse les déchets médicaux, les déchets dangereux, les déchets électroniques, les textiles, ainsi que les déchets agricoles et de construction. Les données utilisées proviennent du programme Plastics to Ocean (P2O), qui n'a pas examiné 36 % de la production mondiale de plastique, ni la fabrication des produits (la transformation de polymères granulés en produits plastiques tels que les emballages alimentaires), ni leur utilisation par le consommateur. Les données relatives aux zones à haut risque de maladies à proximité des usines pétrochimiques ont été prises en compte, mais non exploitées. L'analyse des substances chimiques dangereuses associées à la production de plastique et libérées au cours du cycle de vie des produits est limitée, car ces données ne sont pas disponibles. Une grande partie des données provient d'Europe et d'Amérique du Nord, régions qui disposent probablement de meilleures pratiques de gestion des déchets que les pays en développement. De plus, l'impact sanitaire des récupérateurs de déchets n'a pas été pris en compte (alors que cela pourrait concerner 10 à 20 millions de personnes dans le monde). Par ailleurs, les auteurs ont utilisé une estimation basse des émissions annuelles de gaz à effet de serre dans leurs modèles et reconnaissent avoir eu recours à une estimation prudente pour l'incinération à ciel ouvert des déchets plastiques. Ces exclusions tendent à sous-estimer les véritables conséquences sanitaires mondiales.
Projection d'une réduction des années de vie en bonne santé
Ils ont constaté que l'ensemble du système mondial du plastique était associé à 2.1 millions d'années de vie corrigées de l'incapacité (AVCI) en 2016. Une grande partie de cet impact était liée aux effets sur le réchauffement climatique, mais l'incinération à ciel ouvert des déchets plastiques et l'utilisation de produits chimiques nocifs y contribuaient également de manière significative. Ils ont projeté un total cumulé de 83 millions d'AVCI entre 2016 et 2040 en cas de statu quo, une augmentation qui reflète la hausse de la production de plastique.
L'équipe a également examiné l'impact potentiel de différentes solutions sur cette crise. En comparant le statu quo aux engagements pris par les gouvernements et l'industrie pour réduire les risques, elle a constaté que même si ces engagements étaient respectés, l'impact ne se traduirait que par une réduction de 4 % des effets cumulatifs néfastes sur la santé (2016-2040). Si l'on combinait ces engagements à une amélioration de la collecte et de l'élimination des déchets, à une augmentation du recyclage pour couvrir 17 % de la demande de plastique, et à une réduction de la consommation grâce à la réutilisation et aux substitutions, on observerait une réduction de 21 % des années de vie corrigées de l'incapacité (AVCI) cumulées sur la même période. Malgré cela, la charge de morbidité continue d'augmenter au fil du temps, sans qu'il soit possible de revenir aux niveaux de référence dans les différents scénarios. Les chercheurs ont prédit que la réduction de la production de plastique aurait l'impact le plus important sur la santé. Le scénario de changement systémique prévoyait une réduction de 45 % de la production primaire par rapport au statu quo en 2040, mais indiquait tout de même une augmentation des AVCI par rapport à aujourd'hui.

Il est nécessaire de réduire la production de plastiques inutiles et non essentiels.
Bien qu'importantes, les améliorations apportées à la gestion des déchets et au recyclage se sont avérées nettement moins efficaces que la réduction de la production de plastique.
Les chercheurs ont souligné la nécessité d'examiner attentivement les avantages et les inconvénients du recyclage et du remplacement des plastiques, notamment par le biais d'une analyse du cycle de vie. La production de polylactide comme substitut et les techniques de recyclage chimique actuelles requièrent toutes deux d'importantes quantités d'énergie, ce qui limite leurs avantages nets. De même, les alternatives biosourcées pourraient s'avérer risquées, en raison du manque de données sur leur composition chimique et les études de leur cycle de vie. Il est essentiel d'éviter les substitutions regrettables qui nuisent davantage à la santé ou à l'environnement.
Les chercheurs préconisent une réduction de la production primaire de plastiques superflus. Cette étude visait à examiner les effets néfastes et n'a donc pas abordé les effets positifs que certains plastiques pourraient avoir sur l'amélioration des années de vie corrigées de l'incapacité (AVCI). Or, ces derniers seront essentiels pour les réglementations et politiques futures. Les auteurs soulignent qu'ils ne cherchent pas à prédire, mais à quantifier les impacts potentiels des plastiques sur la santé tout au long de leur cycle de vie et de leur utilisation mondiale. Toute estimation repose bien sûr sur des hypothèses, mais les chercheurs ont veillé à analyser différentes bases de données, à formuler des estimations prudentes et à adapter leur modèle à mesure que de nouvelles données seront disponibles.







